©Kiriko Nananan

Affichage des articles dont le libellé est Les écrits des autres. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Les écrits des autres. Afficher tous les articles

samedi 23 août 2014

Guillevic - Hiver (extrait)

Quand le merle sifflait dans l'herbe et que le vent
Rongeait d'éternité les pierres de nos gros murs,
C'était pour nous la fête et tout s'accomplissait.

Nous connaissions le temps, 
Pour avoir attendu avec l'eau sous la terre
Et nous savions
Le façonner autour de nous comme le temple
Et qu'il résonne de notre cri.

Plus tard le cours des jours et la terrible absence
Et te porter encore, 
Pesant de tout le poids
Des lieux vacants de toi.
Te porter plaie brûlante ouverte sur la ville
Et craindre.

Mais maintenant le temps
S'incurve autour de nous
Et toi présente.
Les vagues de la joie, le chant
Comme des pierres délivrées, 
Le sourire
Ou plutôt l'obole des visages,
Et l'aventure
De tant s'aimer.

Toute fête a ses cris et nous avions les nôtres.

Puisqu'ils pouvaient enfin 
Avoir passage dans la gorge
Et trouver l'air, emplir
Un coin de chambre, un pli de drap,
Ce n'était pas pour dire ou appeler,
C'était nos corps pressés d'aller plus loin encore,
D'arriver quelque part où plus rien ne se crie.

Mais non ! la terre... la terre où tout se joue,
La terre chargée de nous.

Dehors le merle et sa chanson
Sont avec nous.
L'effort des céréales et l'eau des frondaisons,
L'offre impudique des chemins
Et tant de bois.


Guillevic, Terraqué, Gallimard, 1945.

dimanche 17 mars 2013

Anne Michaels - Three Weeks

Three weeks longing, water burning
stone. Three weeks leopard blood
pacing under the loud insomnia of stars.
Three weeks voltaic. Weeks of winter
afternoons, darkness half descended.
Howling at distance, ocean
pulling between us, bending time.
Three weeks finding you in me in new places,
luminescent as a tetra in depths,
its neon trail.
Three weeks shipwrecked on this mad island;
twisting aurora of perfumes. Every boundary of body
electrified, every thought hunted down
by memory of touch. Three weeks of open eyes
when you call, your first question,
Did I wake you...

samedi 23 juin 2012

Kenan Kongar - Gouleier kêr

A-hed an noz klouar
'm eus gortozet hir amzer
ha klevet va c'halon o vorzholiañ em bruched, garo.

Dreist an draonienn 'm eus gwelet
o skediñ, e kelc'hioù latar,
gouleier ar gêr vras ;
ouzh sioulded an noz e tiwallent an dud,
hag ar vuhez a verve en o sked,
'vel ma verve va spered.

Ne gleven o reuz
nemet em c'halon
a-dreuz al latar
tano.

Hogen ennon e teve,
en-dro din e troe
ar buhezioù didrouz.
Ha me oa va-unan war al lanneg,
va-unan 'hed an noz o c'hortoz
ur ger.


Kenan Kongar, Barzhonegoù, Al Liamm 1982.

mardi 17 janvier 2012

Amours adolescentes : Antigone

Aujourd'hui, l'envie m'est venue de rendre hommage à l'une des héroïnes de mon adolescence, Antigone, fille d’Oedipe. Voici deux extraits de la magnifique version de Jean Anouilh, bouleversante par la complexité qu'il introduit dans les enjeux psychologiques et moraux de l'opposition Antigone / Créon.

***

LA NOURRICE
D'où viens-tu ?

ANTIGONE
De me promener, nourrice. C'était beau. Tout était gris. Maintenant, tu ne peux pas savoir, tout est déjà rose, jaune, vert. C'est devenu une carte postale. Il faut te lever plus tôt, nourrice, si tu veux voir un monde sans couleurs.

LA NOURRICE
Je me lève quand il fait encore noir, je vais à ta chambre pour voir si tu ne t'es pas découverte en dormant et je ne te trouve plus dans ton lit !

ANTIGONE
Le jardin dormait encore. Je l'ai surpris, nourrice. Je l'ai vu sans qu'il s'en doute. C'est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes.

LA NOURRICE
Tu es sortie. J'ai été à la porte du fond, tu l'avais laissée entrebâillée.

ANTIGONE
Dans les champs c'était tout mouillé et cela attendait. Tout attendait. Je faisais un bruit énorme toute seule sur la route et j'étais gênée parce que je savais bien que ce n'était pas moi qu'on attendait. Alors j'ai enlevé mes sandales et je me suis glissée dans la campagne sans qu'elle s'en aperçoive...

***

ANTIGONE
Pourquoi veux-tu me faire taire ? Parce que tu sais que j'ai raison ? Tu crois que je ne lis pas dans tes yeux que tu le sais ? Tu sais que j'ai raison, mais tu ne l'avoueras jamais parce que tu es en train de défendre ton bonheur en ce moment comme un os.

CREON
Le tien et le mien, oui, imbécile !

ANTIGONE
Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, - et que ce soit entier - ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite - ou mourir.

CREON
Allez, commence, commence, comme ton père !

ANTIGONE
Comme mon père, oui ! Nous sommes de ceux qui posent les questions jusqu'au bout. Jusqu'à ce qu'il ne reste vraiment plus la petite chance d'espoir vivante, la plus petite chance d'espoir à étrangler. Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, votre cher espoir, votre sale espoir !


Jean Anouilh, Antigone, éditions de la Table Ronde, 1946, p.13-15, p.94-95.





En complément, voici l'intéressante mise en musique adaptée de l'Antigone de Sophocle par Bertrand Cantat, Bernard Falaise, Pascal Humbert et Alexander MacSween, pour le spectacle Des femmes mis en scène par Wajdi Mouawad.
Le titre "Heureux sont ceux qui du malheur" est une adaptation du 2e stasimon
de l'Antigone de Sophocle, et "Bury me now", création de Bertrand Cantat, correspond à l'emmurement d'Antigone.


Heureux sont ceux qui du malheur



Bury me now




Spectacle Des femmes : trilogie théâtrale mise en scène par Wajdi Mouawad à partir des pièces Les Trachiniennes, Antigone et Electre de Sophocle. Pour en savoir plus : www.wajdimouawad.frAlbum Choeurs tiré du spectacle, éditions Actes Sud, 2011.

mercredi 16 novembre 2011

Faërie

Je vous livre un battement de coeur, une tension-frisson dans le ventre : ce beau texte du grand Tolkien qui nous invite à contempler le "territoire périlleux". J'y vois le royaume imaginaire qui habite chacun d'entre nous, notre chaudron d'Awen inépuisable, beau et grave, nourricier et destructeur à la fois.

Hier, le 18 novembre, j'ai eu le plaisir et l'honneur de lire certains de mes textes à la librairie "Tournez la page" de Combourg, en compagnie d'Erik Allais, grâce à l'association de poésie vivante Des Rives. Un grand merci à eux pour cette belle soirée ! Une page se tourne...

http://poesiedesrives.canalblog.com/


John Howe, "Glorfindel and the Balrog
"


Faerie is a perilous land, and in it are pitfalls for the unwary and dungeons for the overbold...
The realm of fairy-story is wide and deep and high and filled with many things: all manner of beasts and birds are found there; shoreless seas and stars uncounted; beauty that is an enchantment, and an ever-present peril; both joy and sorrow as sharp as swords.
In that realm a man may, perhaps, count himself fortunate to have wandered, but its very richness and strangeness tie the tongue of a traveller who would report them. And while he is there it is dangerous for him to ask too many questions, lest the gates should be shut and the keys be lost.


Tolkien, On fairy-stories, conférence donnée le 8 mars 1939.


Ted Nasmith, "Tuor reaches the hidden city of Gondolin"

dimanche 10 avril 2011

Humberto Ak'abal

Voici une très belle découverte que je suis heureuse de partager : Humberto Ak'abal est indien maya-kiché du Guatemala; il écrit à la fois en maya-kiché et en espagnol. Je ne reproduis ici que les versions espagnoles de trois poèmes que j'ai particulièrement aimés.

Une mention spéciale, très personnelle je l'avoue, au dernier des trois, "Siempre" : il semble se mouler parfaitement au sentiment qui m'a amenée à écrire La parenthèse des spectres, le texte que je suis en train de finir...
c'en est presque effrayant.


HOY (KAMIK)


Hoy amanecí fuera de mí
y salí a buscarme.

Recorrí caminos y veredas
hasta que me hallé

sentado sobre un tanatón de musgo
al pie de una cipresalada,
platicando con la neblina
y tratando de olvidar
lo que no puedo.

A mis pies,
hojas, sólo hojas.

***


Y NADIE NOS VE (MAJ JUN KOJILOWIK)

La llama de nuestra sangre arde
inapagable
a pesar del viento de los siglos.

Callados,
canto ahogado,
miseria con alma,
tristeza acorralada.

¡ Ay, quiero llorar a gritos !

Las tierras que nos dejan
son las laderas,
las pendientes,
los aguaceros poco a poco las lavan
y las arrastran a las planadas
que ya no son de nosotros.

Y aquí estamos
parados a la orilla de los caminos
con la mirada rota por una lágrima…

Y nadie nos ve.

***


SIEMPRE (RONOJEL Q'IJ)

Siempre,
siempre detrás de mí.

Hasta conoce
el camino de mis sueños.

Me detengo,
le ayudo con su carga,
y el Recuerdo
calma su sed
bebiéndose mi llanto.

Extraits du recueil Les traces du jour et de la nuit, édition trilingue, éditions Patiño, Genève.


samedi 9 avril 2011

Vladimir Maïakovski

Et je sens
que "moi"
est trop petit pour moi.
Quelqu'un veut en sortir obstinément.

Extrait de : Le nuage en pantalon (1915) ; traduction de Wladimir Berelowitch

jeudi 30 décembre 2010

May Theilgaard Watts (1889-1975) - Vision

To-day there have been lovely things
I never saw before;
Sunlight through a jar of marmalade;
A blue gate;
A rainbow
In soapsuds on dishwater;
Candlelight on butter;
The crinkled smile of a little girl
Who had new shoes with tassels;
A chickadee on a thorn-apple;
Empurpled mud under a willow,
Where white geese slept;
White ruffled curtains sifting moonlight
On the scrubbed kitchen floor;
The under side of a white-oak leaf;
Ruts in the road at sunset;
An egg yolk in a blue bowl.

My love kissed my eyes last night.


Penguin's poems for love, 2009.

samedi 27 novembre 2010

Rainer Maria Rilke - Lettres à un jeune poète (extrait)

Des mots qui font du bien...

Tout est à mener à terme, puis à mettre au monde. Laisser chaque impression et chaque germe d'une perception s'accomplir en soi, dans l'obscurité, dans l'indicible, l'inconscient, dans ce qui est inatteignable pour l'intelligence, puis attendre avec une profonde humilité et patience l'heure de la mise au monde d'une clarté nouvelle, cela seul s'appelle vivre en artiste : dans la compréhension autant que dans la création.
Il n'y a pas à mesurer le temps ici, une année ne vaut rien et dix ans ne sont rien. Etre artiste veut dire : ne pas calculer ni compter; mûrir comme l'arbre qui ne hâte pas sa sève et qui résiste, confiant, aux tempêtes du printemps sans craindre qu'après elles puisse ne pas venir l'été. Il arrive. Mais il n'arrive que pour ceux qui sont patients, qui sont là comme si l'éternité s'étendait devant eux, dans le calme et l'ouverture de l'insouciance.

dimanche 3 octobre 2010

Jeanne Benameur - Extrait de "Comme on respire"




[...] J'écris des mots. Pour que lève la pâte qui multiplierait autre chose. Pour que le sang batte fort. Vivant.

Je suis sûre qu'avec des mots, on vit.
Sous ma langue, il y a le silence.
Sous ma langue, il y a toujours eu le silence.
C'est violent.
Dans enfance il y a toujours celui qui ne parle pas. C'est étymologique. Et c'est violent.

Sortir du silence.
Vouloir les mots. Devenir humbles.
Écrire c'est renoncer et désirer dans le même acte.
J'ai renoncé à croire que vous saviez tout de mon silence. Aucune mère n'y suffirait.
Et je ne désire que cela pourtant. Qu'il soit entendu. Encore et encore.
Voyez-vous les mots ne me servent qu'à ça. Creuser une place pour le silence. Pas violent celui-là. Accueilli. Un silence qui prend forme juste comme la mer creuse au pied des falaises et comble chaque interstice.
Il n'y a plus de faille.
On espère.
Jusqu'à la prochaine émotion qui me bouleverse et me renvoie au pied de la falaise. Abrutie. Le cœur éclaté.
Ce peut être la joie ou la souffrance. C'est la même chose.
Je suis au pied de la falaise. Chaque fois.
Il s'agit de laisser chaque vague creuser sa juste forme.
Je ne suis rien.
Rien d'autre que cette femme qui arpente et tente l'incertain.
[...]


Jeanne Benameur, Comme on respire, éditions Thierry Magnier, 2003, p.11-13.

Je dois remercier Ólöf, grâce à qui j'ai fait la connaissance de l'écriture de J. Benameur !

lundi 19 juillet 2010

Claude Vigée - L'adresse égarée / "Je rumine l'implacable"

Chaque soir j'attends encore,
en retenant mon souffle,
le léger frôlement de la porte qui s'ouvre
comme elle fait tous les soirs, chez nous,
depuis soixante années,
dans la pénombre amie du corridor.
Mais rien ne bouge là-dehors,
Evy ne revient plus chez nous, à la maison ;
en vain j'écoute encore un peu,
chaque soir en silence.
Comme c'est étrange : les morts de l'ancienne saison oublient donc de rentrer ?
Ont-ils perdu l'adresse ? différé le retour ?
Seraient-ils donc distraits, au point de ne plus vivre ?

Malgré mon désarroi d'enfant abandonné,
tous les matins sa place au petit déjeuner,
à table devant moi, dans la clarté muette,
reste une chaise, dos au mur : sans bouger, vide et nette.


Mon heure sur la terre, Poésies complètes, 1936-2008, éd. Galaade, 2008.

jeudi 15 juillet 2010

Ronan Huon - Mor

Traezh trellus, dour flour o flourikat,
Ec'honder diziwez,
Goueled lakenn ma luskell ar skourrig warnañ,
Mor. Hent bras ha luban an huñvreoù meur,
Koar ma riskl ar vag warnout
O tiskenn hag o sevel ar gwagennoù gwak
Va blegn c'hoazh, simudet gant da vroud
D'ar broioù-hont a ro da bep den e c'hoant
Ha d'ar c'heal krignet gant an drouk-hirnezh
Nemet un tamm eus koun an tu-hont !


Ronan Huon, Evidon va-unan, Al Liamm 1976

mardi 13 juillet 2010

Kenan Kongar (1913-1992) - Liorzhoù

Liorzhoù, gant frondoù damdeuzet ar bleunioù
E sarac'h an delioù, hirvoudoù ankenius.

Liorzhoù, entanet gant gourgomz ar gwenan,
Skrilhadeg ar c'hwiled e gwasked ar menez.

Liorzhoù a ro d'an eneoù ar peoc'h er garantez
Pa nijell mouskomzoù an anken er girzhier.

Liorzhoù ! ur mousc'hoarzh o plavañ en avel,
Kevrinoù a skin o huñvreoù karantez.

Liorzhoù a rannas kalonoù ar mammoù
Ouzh sklaerder terzhiennus pardaezioù tremenet.


Kenan Kongar, Barzhonegoù, Al Liamm 1982.

samedi 19 juin 2010

Pierre Reverdy (1889 - 1960) - Dans le monde étranger

Je ne peux plus regarder ton visage
Où te caches-tu
La maison s’est évanouie parmi les nuages
Et tu as quitté la dernière fenêtre
Où tu m’apparaissais
Reviens que vais-je devenir
Tu me laisses seul et j’ai peur

Rappelle-toi le temps où nous allions ensemble
Nous marchions dans les rues entre les maisons
Et sur la route au milieu des buissons
Parfois le vent nous rendait muets
Parfois la pluie nous aveuglait
Tu chantais au soleil
Et la neige me rendait gai

Je suis seul je frotte mes paupières
Et j’ai presque envie de pleurer
Il faut marcher vers cette lumière dans l’ombre
C’est toute une histoire à raconter
La vie si simple et droite sans tous les petits à côtés
Vers la froide lumière que l’on atteindra malgré tout
Ne te presse pas
Qui est-ce qui souffle
Quand je serai arrivé qui est-ce qui soufflera
Mais seul je n’ose plus avancer

Alors je me mis à dormir
Peut-être pour l’éternité
Sur le lit où l’on m’a couché
Sans plus rien savoir de la vie
J’ai oublié tous mes amis
Mes parents et quelques maîtresses
J’ai dormi l’hiver et l’été
Et mon sommeil fut sans paresse

Mais pour toi qui m’as rappelé
Il va falloir que je me lève
Allons les beaux jours sont passés
Les longues nuits qui sont si brèves
Quand on s’endort entrelacés

Je me réveille au son lugubre et sourd
D’une voix qui n’est pas humaine
Il faut marcher et je te traîne
Au son lugubre du tambour
Tout le monde rit de ma peine
Il faut marcher encore un jour

A la tâche jamais finie
Que le bourreau vienne et t’attelle
Ce soir les beaux jours sont finis
Une voix maussade t’appelle
Pour toi la terre est refroidie

De loin je revois ton visage
Mais je ne l’ai pas retrouvé
Disparaissant à mon passage
De la fenêtre refermée

Nous ne marcherons plus ensemble


Pierre Reverdy, Plupart du temps, Flammarion, in Jacques Roubaud, 128 poèmes composés en langue française, Gallimard, 1995, p. 38-40.

vendredi 28 mai 2010

Philippe de Boissy - Nous n'avons plus...

Nous n'avons plus
parfois
en tête
que le silence
d'un chant
que l'on chante
parce qu'un autre
le tait


Extrait de Petite suite des choses, éd. du Jasmin, 2009.

samedi 8 mai 2010

Jakez Riou (1899-1937) - Ar feunteun zu

Sot on gant ar varzhoneg-mañ abaoe ma 'm eus dizoloet anezhi er skol-veur.


An dour a gouezh,
goustad,
berad ha berad,
a-hed ar raden gouez.

Didrouz ha lizidour
e virbilh an dour
diouzh gorre ar bantenn ;
abaoe kantvedoù
e kouezh a-veradoù
ingal, ingal, diouzh kalon ar garregenn.

Noz ha deiz,
a-hed ar raden leizh,
berad ha berad,
goustad.

Hep trouz ebet
e kouezh
a-hed a raden gouez
en un naoz re zon evit bezañ gwelet.

Perak avat e c'hoarvezas,
p'edon va-unan,
e chomis betek ma nozas
o sellout, en estrenvan,
ouzh an dour o veradañ ;
ha pa nozas,
e klevis ar garregenn o wadañ,
a-hed ar raden hir,
berad ha berad,
goustad,
e kalir
an noz.

mercredi 28 avril 2010

Abdellatif Laâbi - Pourquoi cette feuille ?

A un détail près
le monde n'a pas changé
en si peu de temps
A un détail près
ce matin est une réplique
grisaille à l'appui
du précédent
A un détail près
le poids écrasant la poitrine
ne s'est pas allégé d'un iota
A un détail près
l'on se sent toujours vivant
un peu plus
un peu moins
Le même équilibre
fragile ou non
A un détail près
celui de cette petite question entêtante :
Pourquoi cette feuille
ni plus jaune ni plus verte que les autres
est-elle tombée de l'arbre ?


Abdellatif Laâbi, Ecris la vie, La Différence, 2005.

mardi 27 avril 2010

Guillevic - La feuille



à Carnac, sur la lande entre le tumulus St Michel et les alignements de Kermario.

mardi 30 mars 2010

Pablo Neruda - Explico algunas cosas

Preguntaréis: ¿Y dónde están las lilas?
¿Y la metafísica cubierta de amapolas?
¿Y la lluvia que a menudo golpeaba
sus palabras llenándolas
de agujeros y pájaros?

Os voy a contar todo lo que me pasa.

Yo vivía en un barrio
de Madrid, con campanas,
con relojes, con árboles.
Desde allí se veía
el rostro seco de Castilla
como un océano de cuero.
Mi casa era llamada
la casa de las flores, porque por todas partes
estallaban geranios: era
una bella casa
con perros y chiquillos.

Raúl, ¿te acuerdas?
¿Te acuerdas, Rafael?
Federico, ¿te acuerdas
debajo de la tierra,
te acuerdas de mi casa con balcones en donde
la luz de junio ahogaba flores en tu boca?
¡Hermano, hermano!

Todo
eran grandes voces, sal de mercaderías,
aglomeraciones de pan palpitante,
mercados de mi barrio de Argüelles con su estatua
como un tintero pálido entre las merluzas:
el aceite llegaba a las cucharas,
un profundo latido
de pies y manos llenaba las calles,
metros, litros, esencia
aguda de la vida,
pescados hacinados,
contextura de techos con sol frío en el cual
la flecha se fatiga,
delirante marfil fino de las patatas,
tomates repetidos hasta el mar.

Y una mañana todo estaba ardiendo
y una mañana las hogueras
salían de la tierra
devorando seres,
y desde entonces fuego,
pólvora desde entonces,
y desde entonces sangre.

Bandidos con aviones y con moros,
bandidos con sortijas y duquesas,
bandidos con frailes negros bendiciendo
venían por el cielo a matar niños,
y por las calles la sangre de los niños
corría simplemente, como sangre de niños.

¡Chacales que el chacal rechazaría,
piedras que el cardo seco mordería escupiendo,
víboras que las víboras odiarían!

¡Frente a vosotros he visto la sangre
de España levantarse
para ahogaros en una sola ola
de orgullo y de cuchillos!

Generales
traidores:
mirad mi casa muerta,
mirad España rota:
pero de cada casa muerta sale metal ardiendo
en vez de flores,
pero de cada hueco de España
sale España,
pero de cada niño muerto sale un fusil con ojos,
pero de cada crimen nacen balas
que os hallarán un día el sitio
del corazón.

Preguntaréis: ¿por qué su poesía
no nos habla del sueño, de las hojas,
de los grandes volcanes de su país natal?

¡Venid a ver la sangre por las calles,
venid a ver
la sangre por las calles,
venid a ver la sangre
por las calles!


Pablo Neruda, España en el corazón , 1937

jeudi 11 mars 2010

Yvon Le Men - Ma mère

Hier, j'ai eu la chance d'assister à une lecture d'Yvon Le Men au cours de laquelle j'ai pu découvrir ce magnifique poème, si bouleversant dans sa simplicité qu'il se passe de commentaires...

***

Elle est assise
dans ses quarante kilos
devant la mer

vaste
comme les questions
qu’elle se pose

j’imagine
devant la mort.

Elle est assise
sous ses yeux
et sous le ciel

ses yeux regardent
et gardent ce qu’ils regardent

dans sa main
qu’elle dépliera de l’autre côté

comme un enfant montre ses billes
au soleil

et à ses copains.

Elle entraîne ses yeux
à l’horizon

elle s’entraîne
au point de non retour.

Assise
dans ses quarante kilos
dans ses quatre-vingt-deux ans

elle vérifie une dernière fois
le tour de la terre
par la mer

avec ses yeux
elle marche sur l’eau.

Elle cogne à l’horizon
pour ouvrir
à la mer

la porte du ciel.

Elle se prépare
pour être la première
le dernier jour.


Source : Temporel, revue littéraire et artistique, n°7
http://temporel.fr/
La disposition des vers est celle de ce site.