©Kiriko Nananan

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mardi 17 janvier 2012

Amours adolescentes : Antigone

Aujourd'hui, l'envie m'est venue de rendre hommage à l'une des héroïnes de mon adolescence, Antigone, fille d’Oedipe. Voici deux extraits de la magnifique version de Jean Anouilh, bouleversante par la complexité qu'il introduit dans les enjeux psychologiques et moraux de l'opposition Antigone / Créon.

***

LA NOURRICE
D'où viens-tu ?

ANTIGONE
De me promener, nourrice. C'était beau. Tout était gris. Maintenant, tu ne peux pas savoir, tout est déjà rose, jaune, vert. C'est devenu une carte postale. Il faut te lever plus tôt, nourrice, si tu veux voir un monde sans couleurs.

LA NOURRICE
Je me lève quand il fait encore noir, je vais à ta chambre pour voir si tu ne t'es pas découverte en dormant et je ne te trouve plus dans ton lit !

ANTIGONE
Le jardin dormait encore. Je l'ai surpris, nourrice. Je l'ai vu sans qu'il s'en doute. C'est beau un jardin qui ne pense pas encore aux hommes.

LA NOURRICE
Tu es sortie. J'ai été à la porte du fond, tu l'avais laissée entrebâillée.

ANTIGONE
Dans les champs c'était tout mouillé et cela attendait. Tout attendait. Je faisais un bruit énorme toute seule sur la route et j'étais gênée parce que je savais bien que ce n'était pas moi qu'on attendait. Alors j'ai enlevé mes sandales et je me suis glissée dans la campagne sans qu'elle s'en aperçoive...

***

ANTIGONE
Pourquoi veux-tu me faire taire ? Parce que tu sais que j'ai raison ? Tu crois que je ne lis pas dans tes yeux que tu le sais ? Tu sais que j'ai raison, mais tu ne l'avoueras jamais parce que tu es en train de défendre ton bonheur en ce moment comme un os.

CREON
Le tien et le mien, oui, imbécile !

ANTIGONE
Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, - et que ce soit entier - ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite - ou mourir.

CREON
Allez, commence, commence, comme ton père !

ANTIGONE
Comme mon père, oui ! Nous sommes de ceux qui posent les questions jusqu'au bout. Jusqu'à ce qu'il ne reste vraiment plus la petite chance d'espoir vivante, la plus petite chance d'espoir à étrangler. Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, votre cher espoir, votre sale espoir !


Jean Anouilh, Antigone, éditions de la Table Ronde, 1946, p.13-15, p.94-95.





En complément, voici l'intéressante mise en musique adaptée de l'Antigone de Sophocle par Bertrand Cantat, Bernard Falaise, Pascal Humbert et Alexander MacSween, pour le spectacle Des femmes mis en scène par Wajdi Mouawad.
Le titre "Heureux sont ceux qui du malheur" est une adaptation du 2e stasimon
de l'Antigone de Sophocle, et "Bury me now", création de Bertrand Cantat, correspond à l'emmurement d'Antigone.


Heureux sont ceux qui du malheur



Bury me now




Spectacle Des femmes : trilogie théâtrale mise en scène par Wajdi Mouawad à partir des pièces Les Trachiniennes, Antigone et Electre de Sophocle. Pour en savoir plus : www.wajdimouawad.frAlbum Choeurs tiré du spectacle, éditions Actes Sud, 2011.

vendredi 9 septembre 2011

The Swell Season - In These Arms



Je fais des infidélités à ce cher blog. Ce n'est pas par désintérêt, loin s'en faut... mais la vie de working girl ne me laisse hélas pas le temps de produire de nouveaux textes. Je crois qu'il va vite falloir trouver un remède à cette méchante maladie...

Signé : le sanglier sauvage qui n'aime pas être mis en cage


The Swell Season, album Strict Joy : http://www.theswellseason.com/

dimanche 1 mai 2011

Lá Lugh - Bealtaine Song



Et voilà une autre chanson de circonstance, pour célébrer ce beau printemps : Bealtaine Song, de Lá Lugh, groupe irlandais qui n'existe malheureusement plus, sauf erreur de ma part.

Le montage photo n'est pas de moi ; mais on peut aussi écouter sans regarder...

***

Traduction de cette belle langue irlandaise :

chorus:
Golden Summer of the white daisies,
we bring the Summer with us,
from village to village and home again,
and we bring the Summer with us

Beltaine dolls, Summer maidens,
up hill and down glens,
girls adorned in pure white,
and we bring the Summer with us.

The lark making music and sky dancing
the blossomed trees laden with bees
the cuckoo and the birds singing with joy
and we bring the Summer with us.

The hare nests on the edge of the cliff
the heron nests in the branches
the doves are cooing, honey on stems
and we bring the Summer with us.

The shining sun is lighting the darkness
the silvery sea shines like a mirror
the dogs are barking, the cattle lowing
and we bring the Summer with us.

Extrait de l'album "Senex Puer", 1998.

samedi 30 avril 2011

Beltaine...

... passage de l'obscurité à la lumière, meilleur moment de l'année pour se faire tatouer ! ;)
C'est aussi l'occasion de penser un peu plus que d'habitude à la terre qui nous porte, et à ses saisons.
Que les feux brûlent haut cette nuit ! Voici un très bel air de circonstance...




Kala-hañv laouen d'an holl !
Happy Beltaine, everyone
!





Loreena McKennitt - Huron 'Beltane' Fire Dance (album "Parallel Dreams") - http://www.quinlanroad.com/

vendredi 29 avril 2011

Gjallarhorn - Suvetar (Goddess of Spring)





Magnifique hymne de saison, hymne de feu et d'épis de blé gonflés, qui m'accompagne à chaque printemps depuis des années ! Tout le monde est là, les esprits de la terre, des pierres, des landes et des bouleaux...
Voici ce qu'on peut en lire dans le livret du disque "Sjofn" du groupe finlandais Gjallarhorn : "Runo song from Karelia. Invocation to welcome the goddess of spring and the fertility of the earth". Juste ce qu'il nous faut !



Traduction des paroles en finnois :

Suvetar, fine matron
Arise to see the seeds
Raise the matron's corn
So that we may be spared pain

Manutar, matron of the Earth
Lift up the shoots from the ground
New shoots from the stumps
So that we may be spared pain

Feed us with honey-hearts
Give us honey-drink
Delicious honey-grass
On a blossoming knoll

You have shining silver
You have glistening gold

Rise up, O maiden
Black from the soil

Underground crone
Most ancient of Nature's daughters
Make the peat shoot forth
And the ground turn over

Underground crone
Most ancient of Nature's daughters
Lift up a thousand seedlings
To reward my efforts


Mel. : J. Wilhelms; Texte : trad.; arrangement : Gjallarhorn
http://www.gjallarhorn.com


mercredi 9 mars 2011

Une sorcière comme les autres (Anne Sylvestre, Jorane)



Aux sorcières du monde entier

C'était la journée internationale des femmes (oui, j'insiste sur l'usage du "des"), qui me fait toujours un peu soupirer... La route est encore longue, sorcières !

La reprise de Jorane m'a permis de redécouvrir cette splendide chanson d'Anne Sylvestre...

***

S’il vous plaît
Soyez comme le duvet
Soyez comme la plume d’oie
Des oreillers d’autrefois
J’aimerais
Ne pas être portefaix
S’il vous plaît, faites-vous légers
Moi, je ne peux plus bouger

Je vous ai portés vivants
Je vous ai portés enfants
Dieu! Comme vous étiez lourds
Pesant votre poids d’amour
Je vous ai portés encore
À l’heure de votre mort
Je vous ai porté des fleurs
Vous ai morcelé mon cœur
Quand vous jouiez à la guerre
Moi, je gardais la maison
J’ai usé de mes prières
Les barreaux de vos prisons
Quand vous mourriez sous les bombes
Je vous cherchais en hurlant
Me voilà comme une tombe
Et tout le malheur dedans

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui parle ou qui se tait
Celle qui pleure ou qui est gaie
C’est Jeanne d’Arc ou bien Margot
Fille de vague ou de ruisseau
Et c’est mon cœur
Ou bien le leur
Et c’est la sœur ou l’inconnue
Celle qui n’est jamais venue
Celle qui est venue trop tard
Fille de rêve ou de hasard
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

Il vous faut
Être comme le ruisseau
Comme l’eau claire de l’étang
Qui reflète et qui attend
S’il vous plaît
Regardez-moi! Je suis vraie
Je vous prie, ne m’inventez pas
Vous l’avez tant fait déjà

Vous m’avez aimée servante
M’avez voulue ignorante
Forte, vous me combattiez
Faible, vous me méprisiez
Vous m’avez aimée putain
Et couverte de satin
Vous m’avez faite statue
Et toujours je me suis tue
Quand j’étais vieille et trop laide
Vous me jetiez au rebut
Vous me refusiez votre aide
Quand je ne vous servais plus
Quand j’étais belle et soumise
Vous m’adoriez à genoux
Me voilà comme une église
Toute la honte dessous

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui aime ou n’aime pas
Celle qui règne ou se débat
C’est Joséphine ou la Dupont
Fille de nacre ou de coton
Et c’est mon cœur
Ou bien le leur
Celle qui attend sur le port
Celle des monuments aux morts
Celle qui danse et qui en meurt
Fille-bitume ou fille-fleur
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
Soyez comme je vous ai
Vous ai rêvés depuis longtemps
Libres et forts comme le vent
Libre aussi
Regardez, je suis ainsi
Apprenez-moi, n’ayez pas peur
Pour moi, je vous sais par cœur

J’étais celle qui attend
Mais je peux marcher devant
J’étais la bûche et le feu
L’incendie aussi, je peux
J’étais la déesse mère
Mais je n’étais que poussière
J’étais le sol sous vos pas
Et je ne le savais pas
Mais un jour la terre s’ouvre
Et le volcan n’en peut plus
Le sol se rompant découvre
Des richesses inconnues
La mer à son tour divague
De violence inemployée
Me voilà comme une vague
Vous ne serez pas noyés

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Et c’est l’ancêtre ou bien l’enfant
Celle qui cède ou se défend
C’est Gabrielle ou bien Éva
Fille d’amour ou de combat
Et c’est mon cœur
Ou bien le leur
Celle qui est dans son printemps
Celle que personne n’attend
Et c’est la moche ou c’est la belle
Fille de brume ou de plein ciel
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
S’il vous plaît, faites-vous légers
Moi, je ne peux plus bouger


http://www.jorane.com/



jeudi 3 février 2011

Souvenirs de Groix l'hiver



Je redécouvre cet album de Jorane qui m'avait accompagnée dans mes premières errances à Groix. Je retrouve le goût des averses sur le jardinet aux merles, les échos sur les murs humides de ma maison :

http://www.musicme.com/Jorane/albums/Vent-Fou-0028946737828.html?play=01

Une bonne nouvelle : "La parenthèse des spectres", mon texte en gestation, est bientôt fini! Vivement le printemps :)

samedi 15 janvier 2011

Cécile Corbel - Sweet song



C'est la morte saison, morte en tout cas pour le regard qui ne s'attarde pas,
Car sous la terre gelée, la vie attend son heure...

Voici ma petite lumière dans cette longue nuit : Sweet song, de Cécile Corbel (qui vient par ailleurs de signer la très belle BO d'"Arrietty" des studios Ghibli). Une chanson qui m'inspire jour après jour, en attendant le printemps. J'aimerais bien pouvoir la remercier pour ce petit bijou qui me rappelle les jolies choses de la vie, celles qui sommeillent sous la terre gelée.

Site : http://www.cecile-corbel.com/

Bientôt, j'espère, des poèmes !

jeudi 7 octobre 2010

Regina Spektor - Samson



Une fois n'est pas coutume sur ce blog, voici le clip d'une chanson qui m'a émue aux larmes et continue à m'inspirer. Il y a d'autres pépites à découvrir dans la musique de Regina Spektor, qu'on se le dise...

http://www.reginaspektor.com/