©Kiriko Nananan

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jeudi 8 mai 2014

La Lieue de Grève


Il délie les planètes
sur la falaise volubile
et marche dans mon âme
                    Volutes de ses boucles au grand jour

Il grave les pierres roule les rocs
Lieue de Grève renversée
                    Le ciel est en bas
                    sous nos pas

Le Roi préfère au trône 
les fleurs de son jardin
Il y aura
de pâles portraits d'ancêtres
des silences au goût de granit

Le Roi mort dans sa pourpre
a embrassé le Prince
nuage entre les mains
Toute l'eau des ruisseaux
sous ses paupières de feuillage
Toute l'eau des moulins
odeur de rivière onde vive
avril violette la vallée

J'aime aux quatre saisons du fleuve léger
le grain de blé et la loutre sur ton dos
royauté d'herbes et de brindilles
Une casserole qui chantonne
trop de soleil dans tes yeux d'eau 

Face au Fou
un pas plus loin que ton fantôme
je sombre
frère de terre et de cendre
jumeau d'un autre ventre.






Photo : Moulin du Losser, vallée du Léguer. Source : Objectif Image Trégor

lundi 11 juin 2012

Leurs mains

Regards aux âmes
mains-murmures
la fenêtre vide s'incline
les yeux transparents à brûler le papier
de l'une à l'autre face crevassée
une mante ou plutôt
couverture rude des champs durs et des terres érodées

L'Indien au fouet
une vie poussière et récoltes
une vie puits de cailloux
et étoiles sans pluie

Peuple des chèvres et gamelles sous les oliviers
mains grandes de figues et de lait
Ces pieds qui prendront les routes jusqu'à d'autres crassiers
écartelant les âges
et les fils d'espèce à espèce

Femmes en noir aux pieds de terre
mains chamanes des mères
modèlent des êtres de chiffons y insufflent la vie
les envoient vers un autre futur
Larmes-galets trop grandes
dans leurs yeux d'obscur.






lundi 30 janvier 2012

Les voix sous les eaux



A l'aube balbutiante des tempêtes
rugueuse pointe rocheuse avancée dans la mer
eau mercure et mica et mystère

Dans les profondeurs froides
une forme
âme de raie manta dans les eaux noires de menthe



Sous ciel d'ouragan retenant son souffle
glissement de silence immobile :
baleine vaste vaisseau des siècles
aux mouvants yeux d'ancêtre
ourlés de houle calme et naufrages
émerge effleure et sonde
- retour au trou du temps

Masses marines en révolution
la roche surprise se soulève
Salut, serpentinite et jade maori
murmures de murènes
mues occultes des tikis sous les pluies pacifiques

En bas
errant sous les eaux
les âmes des ancêtres
à manger la lune et les rêves des mérous



Hier
signe baleine et lunule
pythie des abysses intersigne
de runes entrelacs laminaires
Demain
appel des conques résonnantes
vers peaux miellées tatouées
Bercée percée amorcée
levée enlevée soulevée
portée emportée transportée

réveillée.



Photo du haut : © Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa / musée du quai Branly
Hei tiki (pendentif anthropomorphe) en pounamu.

mardi 21 septembre 2010

nuit




sang-fusion
sang bouillant
mijotant
rissolant
dans l’attente

la lune murmure
l’appel charnel du monde
ses tranchantes ailes d’or
lait de titane
liqueur d’acier
un tambour de nuit d’été
qui martèle les murs
en rumeur de ville inquiète
sans sommeil
vivante
vivante
ne connaissant pas de repos

cette nuit
pas de calme lait d’ânesse
aux veines de la ville en fusion

mercredi 1 septembre 2010

War an erv vili




L’horizon se soulève
lâche ses chevaux blancs
crache sur le sillon
et envoie ses légions
pour l'ultime bataille

Explosion vif-argent
chaudron mugissant
de mica concassé
l’océan affolé déborde
et fend le béton des âges

Jaillissant dans l’échancrure
ton cheval immense
encense des gouttelettes d’or
dans le long vent solaire


L’horizon se soulève
et j’attends tes univers
que la marée amènera
fragile laisse de mer
en jeunes rêves échevelés

Serment des jours de trêve
le vent bleu rit tout bas
des vœux de verre vacillants
devant l’infini de l’horizon noir



Awenet gant an erv vili a zo e Bae Gwaien / Inspiré par le sillon de galets de la Baie d'Audierne


jeudi 17 juin 2010

Kaamos (nuit polaire)



Neige sur terre noire
ou soleil de minuit
sous l’horizon vacillant

Violoncelle feulant
s’insinue
suinte l’hostilité
puis cingle incandescent
vers les cimes sublimes


Grands guerriers de son
dans les univers aveugles
les sorciers aux serpents
distillent leur venin

onde de pierre
sur coque de drakkar
et pain brun d’écorce

âtre crépitant dans la longue maison
remplie de poutres et d’ombres


Feu des terres glacées
les loups-garous musiciens
hurlent à la lune
dans les forêts bleues

éclatent en volutes de lave
vivante colonne vipérine

A la place des épées
une saga inachevée
dans la longue nuit polaire




Photo : "Spruce Forest Under Northern Lights", Arctic National Wildlife Refuge, source www.alaska-in-pictures.com

samedi 29 mai 2010

Promontoire




Il est un lieu de brumes
dans les montagnes bleues
Promontoire de pierre
noyé d’humides nuées

où le roc et le ciel
cinglés de brouillards lacérés
s’épousent en un silencieux sacrifice

où le jeune guerrier
laisse glisser sa vie
sur la roche mouillée
et la vierge se voue
au vent des vertiges

Là-bas
les falaises serties de pluie
s’ombrent de soupirs

Sous les sapins suintants
la pierre blessée
saigne
de souvenirs scarifiés

Le long deuil du peuple
égorgé

lundi 3 mai 2010

En Alre


à Marie




Ciel pommelé
mille ridules de l’eau
mille îlots sous le ciel de midi
limicoles timides

Nous,
grisées et libres
jeunes genêts sur le schiste
agités par la brise

mardi 27 avril 2010

La pourpre du guerrier

Dans la maison de verre
et de cieux délavés
la maison de miel clair
et de lierre embrassé

La vie calme s’écoule
dans la cour aux échos
Matins
élixirs de lumière
rosée des jours nouveaux
Fraîche attente vespérale
sous le ciel atlantique
Un petit nuage
isolé
comme un lapereau

A la fenêtre
la couleur des lointains
Tout au bord
des mystères d’un jardin
l’esquisse d’un corps de source
à qui accorder
la pourpre du guerrier

Reine de lumière
marchant entre les eaux
dans la maison de verre aux jours mauves

jeudi 22 avril 2010

Avril



Lumière sur les bambous :
me parvient un parfum
de roseaux
de moulin
Goût de l'ombre
dans l'eau fraîche des rivières
Moucherons du couchant
quand approche
la nuit sucrée
et bourgeons effrontés
gonflés à croquer

Une brise épicée distille
des idées melliflues
de pistil irisé
Un soleil tiédissant indécent
me touille les sens
Chair en pénitence
veut voguer vers les viornes
et les nervures fauves
Je navigue en aveugle
louant la peau de pollen
et l'aigrelet verjus

Dans le murmure des fontaines
je retrouve
mon sang vivant de menthe
et sous les amandiers
un sourcier sorcier
couronné d'amarante

samedi 10 avril 2010

Adieu au Graslei




Mes joues trempées éternellement,
éternellement plues,
la pluie éternellement :

le quai de la Lys
sous ses frileux plaids à carreaux.

Roi de terre et de pollen (Meerhem 2)




Roi de terre et de pollen
des vallées du rêve
il revient force intacte,
et dans mon dos me donne
la chaleur de ses bras immortels.

Certain soir d’été sur une terrasse
aux heures ambigües
où le basilic embaume
les frissons bien gardés,
ces mêmes bras terre et feu
avaient fait le tour du monde
pour m’en ramener
des pommes d’or et des secrets.


Dans sa violente présence,
pour un instant
ne pas être de passage,
dissoute dans le vrai de ma peau en fusion
par ses mains de silence.

jeudi 25 mars 2010

Les marées descendent où nos pas n'osent aller




Les marées descendent
où nos pas n’osent aller
Mélodie des confins
sur les prés salés
les ossements pourrissent
dans les fondrières

L’oscillation des boussoles
cliquetis diffus des cités sous-marines
Le vent des marées mugit
dans la haute tour
et la même lune immobile
contemple son chef-d’œuvre

Et nous envions
le geste suspendu des bras de mer
éphémère hésitation estuaire
entre cet univers et le prochain

Parfois une déchirure dans le voile des mondes
craquèlement de mer en nage
révélant les falaises violettes des vallées marines
où les bêtes broutent le temps
et le chou marin
entre les tours d’Atlantide

mercredi 17 mars 2010

Meerhem

Il y avait
dans cette rue de lumière
des cours mystérieuses et des utopies
des femmes-ouragans
langeant des enfants
sur des matelas crasseux tirés devant les seuils
dans des relents de friture et de lessive bon marché
et des hommes
dont les yeux partis ailleurs
faisaient le tour de leur vie et de la fumée de leurs cigarettes.

Tu m’avais emmenée
jusqu’à la plus secrète passerelle
celle qui menait vers le bout du quai
au bord du monde connu
au jardin secret des péniches
et avais exaucé nos silences
un jour d’or et de miroirs brisés.

samedi 6 mars 2010

Fenêtre

Un ciel à pois
à nuages effondrés

Plainte des jours de verre
la maison hurle
toute seule
toute nue
toute plue
par des cieux sans pitié

Beaucoup de ciel
dans les flaques
fragiles miroirs flottants
L’heure mauve
des rêves errants
en plein vent

samedi 20 février 2010

endymion penché




pieds de granit
et chant d’oiseau
pulpe charnu fruit rond
orbe pure incorruptible
chat-caresse
ronde joue
pâle joue
jeune regard vert
très grand
trop brillant
trille terreur liquide nue
dague à mon cœur en sauvagerie

il est abeille sur cette fleur bleu-violet
poussière dans la liquide lumière
nuée écume lichen et lierre
mousse de son nom écrit sur l’eau
et des crevasses dans le marbre du tombeau


à J.K. ... évidemment




Inspiré par le Keats de Jane Campion et Ben Whishaw.
Curieuse coïncidence (ou pas ?), la jacinthe des bois que j'aime tant - et que Jane Campion semble aimer aussi - est parfois appelée "Endymion penché". Keats aurait-il apprécié le clin d'oeil à son oeuvre ?




Toutes les photos sont tirées du film

vendredi 19 février 2010

Diarc'hen, etrezek ar Beacons



A l’heure des loups
avance sauvage vers mon fanal
le chevalier de pentacles
enténébré

un den gouez
o vale diarc’hen

Maître des wastelands et de la mandragore
le front ceint de nuit
de bourgeons d’ellébore
wolfsbane épée nue
bouclier des âmes grises
lent gardien des étoiles immobiles

Par-delà ses montagnes
ternes plaines sans sources
et forêts mortes d’ennui
une trop bruyante absence d’oiseaux

klemmgan
ar c’halonoù glan

Sentinelle sur une hauteur
j’allume des brasiers
contre le petit soir malade

J’ai été avec toi dans la foudre
et le froissement de tes cils
guerrier maître du rêve éveillé
présente absence des nuits hérissées

***

Ur varzhoneg awenet gant ar gartenn-mañ, met ivez gant Amon Dîn ijinet gant Tolkien, skrivet evit hag awenet gant ur paotr daoulagad targazh dezhañ ho peus bet tro da glevet komz deuzoutañ war ar blog-mañ...

The passing of the Elves



A travers les siècles les forêts de cristal
dans une poussière de rayons
ils apparaissent

Couronnés de vent marin et de brume d’étoiles
de pollen mélodie et fougères frissonnantes
une musique éternelle sous leurs pas
ils foulent souples les sources mystérieuses
tapis d’aiguilles des vieilles forêts du monde

Un rai de lumière sur les troncs
et ils sont là
où n’était qu'illusion d’ombres blondes
échos argentins des étoiles
veillant sur les âges du monde

***

Inspiré par cette photographie de Mikaël Helleux sur le mur de mon salon (dont vous voyez ici une mauvaise reproduction, l'original est bien plus beau) - malheureusement, je n'ai jamais su son titre...
Son site : http://etc.photo.free.fr/

jeudi 18 février 2010

de reiziger




des heures et des jours au canal pourrissant il pleuvine des immondices charriés ciel lourd cœur qui coule sur les vitres d’un tram cœur foulé dans les flaques arraché déflagration flagrante à mon âme liquide catafalque lierre des murs lierre des siècles des écluses alanguies déluge d’un monde renversé en vrac odeur d’aube sur l’herbe du béguinage





A la plus fascinante et mystérieuse des villes...

Remonter le canal vers le donjon
Me dorer à l’ombre des vieilles pierres
Laissez-moi revenir





...J'emprunte ce titre à Laïs (album "A la capella")...

samedi 16 janvier 2010

Les amants du verger




A l’inconnu
chevalier de pierre
dans son tombeau aux mousses de rosée
caressé crosses de fougères effrontées
pour tout toit les étoiles
et les yeux des siècles effeuillés

Aux pluies sans mémoire
aux vents perlés parcourant la pierre
naissance sur son corps du murmure de la pierre
de musique effleuré
promesses de soleil

Dans l’amoureuse à ses côtés :
abeilles bourdonnant chaudement
pommes lourdes
figues du marin verger
fugues frissonnantes au cloître des rosiers
un printemps et
leurs rêves éternels entrelacés


à John Keats et Fanny Brawne




Il existe un lieu magique non loin de Paimpol : l'abbaye de Beauport. Dans un recoin envahi de verdure, on y rencontre ce poétique et mystérieux gisant. Depuis la première fois, je ne cesse de me demander qui pouvaient bien être ce chevalier et sa dame... Je les imagine heureux... Ce poème est pour John Keats, brûlante étoile filante "whose name was writ in water", et Fanny Brawne, sa bien-aimée "bright star".