©Kiriko Nananan

samedi 27 novembre 2010

Rainer Maria Rilke - Lettres à un jeune poète (extrait)

Des mots qui font du bien...

Tout est à mener à terme, puis à mettre au monde. Laisser chaque impression et chaque germe d'une perception s'accomplir en soi, dans l'obscurité, dans l'indicible, l'inconscient, dans ce qui est inatteignable pour l'intelligence, puis attendre avec une profonde humilité et patience l'heure de la mise au monde d'une clarté nouvelle, cela seul s'appelle vivre en artiste : dans la compréhension autant que dans la création.
Il n'y a pas à mesurer le temps ici, une année ne vaut rien et dix ans ne sont rien. Etre artiste veut dire : ne pas calculer ni compter; mûrir comme l'arbre qui ne hâte pas sa sève et qui résiste, confiant, aux tempêtes du printemps sans craindre qu'après elles puisse ne pas venir l'été. Il arrive. Mais il n'arrive que pour ceux qui sont patients, qui sont là comme si l'éternité s'étendait devant eux, dans le calme et l'ouverture de l'insouciance.

jeudi 11 novembre 2010

Le printemps dans l'île

Des canaux
protections de vent léger
pour les jeunes vierges dans l'île

Des canaux
pulpe impudente des anges
sous la rumeur des manifestations
Jeunes chevreuils vierges
bondissent
à la rencontre des fusils

Il est une grande cour
de rêves et de savoir
Le soleil y joue avec les arbres
enlacés de banderoles

Il a la fraîcheur des sources
celles qui ont vingt-deux ans
et au vaste jardin sous le vent
dévore l'inconnu
de ses grands pas de peu de printemps



vendredi 15 octobre 2010

Vision en noir et blanc




Ombre grande
guetteur

Les quais vibrants de voitures
vrombissement des moteurs imbéciles
Heure où les camions se ruent pour la curée

J’aperçois l’imprévu cavalier
fendant le flot vorace
remontant le courant mécanique
pour aller disparaître parmi les voix brisées
dans les récifs acides de mon délire

Quelles pierres droites porteront son nom ?
Quels vents souffleront les syllabes insidieuses,
nébuleuses consonnes sous les tracés de pluie ?
La pythie lève ses yeux sanglants vers la mue du ciel
et hurle

Il dessinait des vies à venir
dans les marges des plaines de papier
et serrait des rêves dans ses paumes terreuses
où s’enchevêtrent lichen et promesses salines



Ombre grande
guetteur
sape les radicelles hésitantes
Des jours et des jours
aux boussoles de peau muette
je laisserai grandir les résistances opiniâtres

Ombre grande
lame vive
L’hiver têtu tombe sur mes os
impose la marée d’équinoxe immuable
Une flèche infinie de marbre et d’onyx
barre le chemin
ô ombre grande qui hante mes pas



Photo : The Red Sword de Kevin Reynolds
... Petit clin d'oeil extrait d'
Amélie Poulain :

dimanche 10 octobre 2010

La parenthèse des spectres - extrait 1

Voici un petit aperçu du texte en gestation...

***

J’écris encore
à la nuit de nos yeux

Dans la maison
les jours rétrécissent
L’air lance ses aiguillettes glacées
et les ombres s’avancent

Devant moi
une fosse
de larmes abruptes
et de temps

jeudi 7 octobre 2010

Regina Spektor - Samson



Une fois n'est pas coutume sur ce blog, voici le clip d'une chanson qui m'a émue aux larmes et continue à m'inspirer. Il y a d'autres pépites à découvrir dans la musique de Regina Spektor, qu'on se le dise...

http://www.reginaspektor.com/

dimanche 3 octobre 2010

Jeanne Benameur - Extrait de "Comme on respire"




[...] J'écris des mots. Pour que lève la pâte qui multiplierait autre chose. Pour que le sang batte fort. Vivant.

Je suis sûre qu'avec des mots, on vit.
Sous ma langue, il y a le silence.
Sous ma langue, il y a toujours eu le silence.
C'est violent.
Dans enfance il y a toujours celui qui ne parle pas. C'est étymologique. Et c'est violent.

Sortir du silence.
Vouloir les mots. Devenir humbles.
Écrire c'est renoncer et désirer dans le même acte.
J'ai renoncé à croire que vous saviez tout de mon silence. Aucune mère n'y suffirait.
Et je ne désire que cela pourtant. Qu'il soit entendu. Encore et encore.
Voyez-vous les mots ne me servent qu'à ça. Creuser une place pour le silence. Pas violent celui-là. Accueilli. Un silence qui prend forme juste comme la mer creuse au pied des falaises et comble chaque interstice.
Il n'y a plus de faille.
On espère.
Jusqu'à la prochaine émotion qui me bouleverse et me renvoie au pied de la falaise. Abrutie. Le cœur éclaté.
Ce peut être la joie ou la souffrance. C'est la même chose.
Je suis au pied de la falaise. Chaque fois.
Il s'agit de laisser chaque vague creuser sa juste forme.
Je ne suis rien.
Rien d'autre que cette femme qui arpente et tente l'incertain.
[...]


Jeanne Benameur, Comme on respire, éditions Thierry Magnier, 2003, p.11-13.

Je dois remercier Ólöf, grâce à qui j'ai fait la connaissance de l'écriture de J. Benameur !

dimanche 26 septembre 2010

Ólöf Pétursdóttir - Beautiful day so cool

deep sweet sleep and womb-dark night
to awaken to a wondrously fresh world
sparkling rain and bracing sun
brisk the wind and smooth the music
green the apples against rusty vine leaves
as the body shakes with echoes of flesh and blood rock

everything is so all right
feels great and every heartbeat
tastes lovely sounds fun
gratefully enjoying every sweet warm drop
coffee in my cup


Un grand merci à Ólöf qui m'autorise à publier son poème ! C'est le jour resplendissant qui suit la nuit d'insomnie ;-)
Allez visiter son blog : http://enezenn.canalblog.com/

mardi 21 septembre 2010

nuit




sang-fusion
sang bouillant
mijotant
rissolant
dans l’attente

la lune murmure
l’appel charnel du monde
ses tranchantes ailes d’or
lait de titane
liqueur d’acier
un tambour de nuit d’été
qui martèle les murs
en rumeur de ville inquiète
sans sommeil
vivante
vivante
ne connaissant pas de repos

cette nuit
pas de calme lait d’ânesse
aux veines de la ville en fusion

mercredi 1 septembre 2010

War an erv vili




L’horizon se soulève
lâche ses chevaux blancs
crache sur le sillon
et envoie ses légions
pour l'ultime bataille

Explosion vif-argent
chaudron mugissant
de mica concassé
l’océan affolé déborde
et fend le béton des âges

Jaillissant dans l’échancrure
ton cheval immense
encense des gouttelettes d’or
dans le long vent solaire


L’horizon se soulève
et j’attends tes univers
que la marée amènera
fragile laisse de mer
en jeunes rêves échevelés

Serment des jours de trêve
le vent bleu rit tout bas
des vœux de verre vacillants
devant l’infini de l’horizon noir



Awenet gant an erv vili a zo e Bae Gwaien / Inspiré par le sillon de galets de la Baie d'Audierne


lundi 19 juillet 2010

fête foraine



jouets de plastique arc-en-ciel
entre sucres d’orge poisseux
tubes de gloss bon marché
rose pailleté
et mille reflets de toi
dans le palais des glaces

des allées de fête foraine
bruyantes
incompréhensibles
et floues
à travers le rideau
de perles en plastique
jaunes roses vertes
de mes larmes

la pince mécanique pêche
une petite miniature de toi
ridicule
que je pourrai aduler
en toute liberté
dans la longue nuit de ma fierté
dans le murmure d’un été perdu

plus tard
un jour
peut-être
je chanterai mes chants




Photo "Plastic Beads" by Aney, 2006-03-19, GFDL and CC
source http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Plastic_beads2.jpg