©Kiriko Nananan

samedi 29 mai 2010

Promontoire




Il est un lieu de brumes
dans les montagnes bleues
Promontoire de pierre
noyé d’humides nuées

où le roc et le ciel
cinglés de brouillards lacérés
s’épousent en un silencieux sacrifice

où le jeune guerrier
laisse glisser sa vie
sur la roche mouillée
et la vierge se voue
au vent des vertiges

Là-bas
les falaises serties de pluie
s’ombrent de soupirs

Sous les sapins suintants
la pierre blessée
saigne
de souvenirs scarifiés

Le long deuil du peuple
égorgé

vendredi 28 mai 2010

Philippe de Boissy - Nous n'avons plus...

Nous n'avons plus
parfois
en tête
que le silence
d'un chant
que l'on chante
parce qu'un autre
le tait


Extrait de Petite suite des choses, éd. du Jasmin, 2009.

dimanche 9 mai 2010

Dans le monde gris



« Nous avons besoin d’un spectre »
dit la conférencière
Un petit spectre moelleux !
Que ferait-il
dans vos froids amphis figés ?
Dans le monde gris
des tables grises
des paroles grises
la longue fuite des cerveaux stériles

Un violent vent de landes
entre hirsute avec lui
vent de granit et crinière délavée
arrachant portes fenêtres et un cri

Et mon sang révolté se cabre
fait trois fois tout le tour
de mon corps en défaite
rue encore puis
se remet à peu près en place

Mes jambes font un pas
vers son mystère de futaie
mes lèvres articulent un mot
             nain
             piteux
             atrophié
qui se cambre et se tend implorant
vers le vénéneux cavalier

Je déborde de moi
et tout se répand
sur le centaure goût sureau manganèse
l’homme-animal des landes pétrifiées




Photo "Dartmoor light", source : http://www.photographyblog.com/forums/index.php?showtopic=1800

samedi 8 mai 2010

Jakez Riou (1899-1937) - Ar feunteun zu

Sot on gant ar varzhoneg-mañ abaoe ma 'm eus dizoloet anezhi er skol-veur.


An dour a gouezh,
goustad,
berad ha berad,
a-hed ar raden gouez.

Didrouz ha lizidour
e virbilh an dour
diouzh gorre ar bantenn ;
abaoe kantvedoù
e kouezh a-veradoù
ingal, ingal, diouzh kalon ar garregenn.

Noz ha deiz,
a-hed ar raden leizh,
berad ha berad,
goustad.

Hep trouz ebet
e kouezh
a-hed a raden gouez
en un naoz re zon evit bezañ gwelet.

Perak avat e c'hoarvezas,
p'edon va-unan,
e chomis betek ma nozas
o sellout, en estrenvan,
ouzh an dour o veradañ ;
ha pa nozas,
e klevis ar garregenn o wadañ,
a-hed ar raden hir,
berad ha berad,
goustad,
e kalir
an noz.

lundi 3 mai 2010

En Alre


à Marie




Ciel pommelé
mille ridules de l’eau
mille îlots sous le ciel de midi
limicoles timides

Nous,
grisées et libres
jeunes genêts sur le schiste
agités par la brise

mercredi 28 avril 2010

Abdellatif Laâbi - Pourquoi cette feuille ?

A un détail près
le monde n'a pas changé
en si peu de temps
A un détail près
ce matin est une réplique
grisaille à l'appui
du précédent
A un détail près
le poids écrasant la poitrine
ne s'est pas allégé d'un iota
A un détail près
l'on se sent toujours vivant
un peu plus
un peu moins
Le même équilibre
fragile ou non
A un détail près
celui de cette petite question entêtante :
Pourquoi cette feuille
ni plus jaune ni plus verte que les autres
est-elle tombée de l'arbre ?


Abdellatif Laâbi, Ecris la vie, La Différence, 2005.

mardi 27 avril 2010

La pourpre du guerrier

Dans la maison de verre
et de cieux délavés
la maison de miel clair
et de lierre embrassé

La vie calme s’écoule
dans la cour aux échos
Matins
élixirs de lumière
rosée des jours nouveaux
Fraîche attente vespérale
sous le ciel atlantique
Un petit nuage
isolé
comme un lapereau

A la fenêtre
la couleur des lointains
Tout au bord
des mystères d’un jardin
l’esquisse d’un corps de source
à qui accorder
la pourpre du guerrier

Reine de lumière
marchant entre les eaux
dans la maison de verre aux jours mauves

Guillevic - La feuille



à Carnac, sur la lande entre le tumulus St Michel et les alignements de Kermario.

lundi 26 avril 2010

Dix-sept ans

Petite chambre crème et vide
si blanche si vide
hormis ce matelas
mes dix-sept ans
et toi

Toute la lumière du monde
et tout le temps du monde
sur nous ramassés
à la fin d’un été

jeudi 22 avril 2010

Avril



Lumière sur les bambous :
me parvient un parfum
de roseaux
de moulin
Goût de l'ombre
dans l'eau fraîche des rivières
Moucherons du couchant
quand approche
la nuit sucrée
et bourgeons effrontés
gonflés à croquer

Une brise épicée distille
des idées melliflues
de pistil irisé
Un soleil tiédissant indécent
me touille les sens
Chair en pénitence
veut voguer vers les viornes
et les nervures fauves
Je navigue en aveugle
louant la peau de pollen
et l'aigrelet verjus

Dans le murmure des fontaines
je retrouve
mon sang vivant de menthe
et sous les amandiers
un sourcier sorcier
couronné d'amarante