©Kiriko Nananan

mercredi 9 mars 2011

Une sorcière comme les autres (Anne Sylvestre, Jorane)



Aux sorcières du monde entier

C'était la journée internationale des femmes (oui, j'insiste sur l'usage du "des"), qui me fait toujours un peu soupirer... La route est encore longue, sorcières !

La reprise de Jorane m'a permis de redécouvrir cette splendide chanson d'Anne Sylvestre...

***

S’il vous plaît
Soyez comme le duvet
Soyez comme la plume d’oie
Des oreillers d’autrefois
J’aimerais
Ne pas être portefaix
S’il vous plaît, faites-vous légers
Moi, je ne peux plus bouger

Je vous ai portés vivants
Je vous ai portés enfants
Dieu! Comme vous étiez lourds
Pesant votre poids d’amour
Je vous ai portés encore
À l’heure de votre mort
Je vous ai porté des fleurs
Vous ai morcelé mon cœur
Quand vous jouiez à la guerre
Moi, je gardais la maison
J’ai usé de mes prières
Les barreaux de vos prisons
Quand vous mourriez sous les bombes
Je vous cherchais en hurlant
Me voilà comme une tombe
Et tout le malheur dedans

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui parle ou qui se tait
Celle qui pleure ou qui est gaie
C’est Jeanne d’Arc ou bien Margot
Fille de vague ou de ruisseau
Et c’est mon cœur
Ou bien le leur
Et c’est la sœur ou l’inconnue
Celle qui n’est jamais venue
Celle qui est venue trop tard
Fille de rêve ou de hasard
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

Il vous faut
Être comme le ruisseau
Comme l’eau claire de l’étang
Qui reflète et qui attend
S’il vous plaît
Regardez-moi! Je suis vraie
Je vous prie, ne m’inventez pas
Vous l’avez tant fait déjà

Vous m’avez aimée servante
M’avez voulue ignorante
Forte, vous me combattiez
Faible, vous me méprisiez
Vous m’avez aimée putain
Et couverte de satin
Vous m’avez faite statue
Et toujours je me suis tue
Quand j’étais vieille et trop laide
Vous me jetiez au rebut
Vous me refusiez votre aide
Quand je ne vous servais plus
Quand j’étais belle et soumise
Vous m’adoriez à genoux
Me voilà comme une église
Toute la honte dessous

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Celle qui aime ou n’aime pas
Celle qui règne ou se débat
C’est Joséphine ou la Dupont
Fille de nacre ou de coton
Et c’est mon cœur
Ou bien le leur
Celle qui attend sur le port
Celle des monuments aux morts
Celle qui danse et qui en meurt
Fille-bitume ou fille-fleur
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
Soyez comme je vous ai
Vous ai rêvés depuis longtemps
Libres et forts comme le vent
Libre aussi
Regardez, je suis ainsi
Apprenez-moi, n’ayez pas peur
Pour moi, je vous sais par cœur

J’étais celle qui attend
Mais je peux marcher devant
J’étais la bûche et le feu
L’incendie aussi, je peux
J’étais la déesse mère
Mais je n’étais que poussière
J’étais le sol sous vos pas
Et je ne le savais pas
Mais un jour la terre s’ouvre
Et le volcan n’en peut plus
Le sol se rompant découvre
Des richesses inconnues
La mer à son tour divague
De violence inemployée
Me voilà comme une vague
Vous ne serez pas noyés

Ce n’est que moi
C’est elle ou moi
Et c’est l’ancêtre ou bien l’enfant
Celle qui cède ou se défend
C’est Gabrielle ou bien Éva
Fille d’amour ou de combat
Et c’est mon cœur
Ou bien le leur
Celle qui est dans son printemps
Celle que personne n’attend
Et c’est la moche ou c’est la belle
Fille de brume ou de plein ciel
Et c’est ma mère
Ou la vôtre
Une sorcière
Comme les autres

S’il vous plaît
S’il vous plaît, faites-vous légers
Moi, je ne peux plus bouger


http://www.jorane.com/



jeudi 3 février 2011

Souvenirs de Groix l'hiver



Je redécouvre cet album de Jorane qui m'avait accompagnée dans mes premières errances à Groix. Je retrouve le goût des averses sur le jardinet aux merles, les échos sur les murs humides de ma maison :

http://www.musicme.com/Jorane/albums/Vent-Fou-0028946737828.html?play=01

Une bonne nouvelle : "La parenthèse des spectres", mon texte en gestation, est bientôt fini! Vivement le printemps :)

samedi 15 janvier 2011

Cécile Corbel - Sweet song



C'est la morte saison, morte en tout cas pour le regard qui ne s'attarde pas,
Car sous la terre gelée, la vie attend son heure...

Voici ma petite lumière dans cette longue nuit : Sweet song, de Cécile Corbel (qui vient par ailleurs de signer la très belle BO d'"Arrietty" des studios Ghibli). Une chanson qui m'inspire jour après jour, en attendant le printemps. J'aimerais bien pouvoir la remercier pour ce petit bijou qui me rappelle les jolies choses de la vie, celles qui sommeillent sous la terre gelée.

Site : http://www.cecile-corbel.com/

Bientôt, j'espère, des poèmes !

jeudi 30 décembre 2010

May Theilgaard Watts (1889-1975) - Vision

To-day there have been lovely things
I never saw before;
Sunlight through a jar of marmalade;
A blue gate;
A rainbow
In soapsuds on dishwater;
Candlelight on butter;
The crinkled smile of a little girl
Who had new shoes with tassels;
A chickadee on a thorn-apple;
Empurpled mud under a willow,
Where white geese slept;
White ruffled curtains sifting moonlight
On the scrubbed kitchen floor;
The under side of a white-oak leaf;
Ruts in the road at sunset;
An egg yolk in a blue bowl.

My love kissed my eyes last night.


Penguin's poems for love, 2009.

samedi 27 novembre 2010

Rainer Maria Rilke - Lettres à un jeune poète (extrait)

Des mots qui font du bien...

Tout est à mener à terme, puis à mettre au monde. Laisser chaque impression et chaque germe d'une perception s'accomplir en soi, dans l'obscurité, dans l'indicible, l'inconscient, dans ce qui est inatteignable pour l'intelligence, puis attendre avec une profonde humilité et patience l'heure de la mise au monde d'une clarté nouvelle, cela seul s'appelle vivre en artiste : dans la compréhension autant que dans la création.
Il n'y a pas à mesurer le temps ici, une année ne vaut rien et dix ans ne sont rien. Etre artiste veut dire : ne pas calculer ni compter; mûrir comme l'arbre qui ne hâte pas sa sève et qui résiste, confiant, aux tempêtes du printemps sans craindre qu'après elles puisse ne pas venir l'été. Il arrive. Mais il n'arrive que pour ceux qui sont patients, qui sont là comme si l'éternité s'étendait devant eux, dans le calme et l'ouverture de l'insouciance.

jeudi 11 novembre 2010

Le printemps dans l'île

Des canaux
protections de vent léger
pour les jeunes vierges dans l'île

Des canaux
pulpe impudente des anges
sous la rumeur des manifestations
Jeunes chevreuils vierges
bondissent
à la rencontre des fusils

Il est une grande cour
de rêves et de savoir
Le soleil y joue avec les arbres
enlacés de banderoles

Il a la fraîcheur des sources
celles qui ont vingt-deux ans
et au vaste jardin sous le vent
dévore l'inconnu
de ses grands pas de peu de printemps



vendredi 15 octobre 2010

Vision en noir et blanc




Ombre grande
guetteur

Les quais vibrants de voitures
vrombissement des moteurs imbéciles
Heure où les camions se ruent pour la curée

J’aperçois l’imprévu cavalier
fendant le flot vorace
remontant le courant mécanique
pour aller disparaître parmi les voix brisées
dans les récifs acides de mon délire

Quelles pierres droites porteront son nom ?
Quels vents souffleront les syllabes insidieuses,
nébuleuses consonnes sous les tracés de pluie ?
La pythie lève ses yeux sanglants vers la mue du ciel
et hurle

Il dessinait des vies à venir
dans les marges des plaines de papier
et serrait des rêves dans ses paumes terreuses
où s’enchevêtrent lichen et promesses salines



Ombre grande
guetteur
sape les radicelles hésitantes
Des jours et des jours
aux boussoles de peau muette
je laisserai grandir les résistances opiniâtres

Ombre grande
lame vive
L’hiver têtu tombe sur mes os
impose la marée d’équinoxe immuable
Une flèche infinie de marbre et d’onyx
barre le chemin
ô ombre grande qui hante mes pas



Photo : The Red Sword de Kevin Reynolds
... Petit clin d'oeil extrait d'
Amélie Poulain :

dimanche 10 octobre 2010

La parenthèse des spectres - extrait 1

Voici un petit aperçu du texte en gestation...

***

J’écris encore
à la nuit de nos yeux

Dans la maison
les jours rétrécissent
L’air lance ses aiguillettes glacées
et les ombres s’avancent

Devant moi
une fosse
de larmes abruptes
et de temps

jeudi 7 octobre 2010

Regina Spektor - Samson



Une fois n'est pas coutume sur ce blog, voici le clip d'une chanson qui m'a émue aux larmes et continue à m'inspirer. Il y a d'autres pépites à découvrir dans la musique de Regina Spektor, qu'on se le dise...

http://www.reginaspektor.com/